Le billet de la revue 85

Christophe Trésallet (Promotion 1994)
Directeur de la rédaction Administrateur de l’AAIHP PU-PH Hôpital Universitaire de la Pitié-Salpêtrière

Il nous faut hélas à nouveau ouvrir ce numéro sur un hommage à rendre. Nos collègues de Nice et de la Côte d’Azur ont eu à affronter l’épreuve d’un affreux attentat, aussi lâche que d’une barbarie d’un autre temps, qui a ensanglanté la promenade des Anglais en cette soirée du 14 juillet 2016. Le système médical français a encore démontré son incroyable capacité de réaction et d’efficacité, dans un contexte aussi brutal qu’inattendu d’afflux massif de blessés et de tués.

Tous les personnels médicaux et l’ensemble des citoyens ont compris que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, où les points d’équilibre et de stabilité sont plus fragiles et toujours moins nombreux. Au-delà de ces menaces nouvelles qui accompagnent notre début de siècle, notre société est en train de connaître de nombreux changements.

Pour nos activités, il est évident qu’un nouveau modèle de financement de la santé est à inventer. Les tensions et affrontements entre les différents acteurs : médicaux, politiques, assureurs, organismes sociaux, etc. montrent à quel point il sera difficile de concilier toutes les parties, tout en préservant une qualité de soins optimale. De même, l’enseignement et la pratique de nos métiers va et doit connaître aussi de profonds bouleversements. En effet, la demi-vie des connaissances médicales, hier de 5 ans, tend à être de deux ans (1) La seule limite à la mise à jour officielle et diffusée des connaissances est celle de la rapidité du cerveau humain (2). Ce temps de latence, difficile à dépasser, est à mettre en perspective avec la puissance des nouveaux calculateurs quantiques supraconducteurs. Leurs capacités de stockage tendent à devenir quasi infinies et la rapidité de leurs processeurs est, pour le moment, 100 millions de fois plus rapide que celles des ordinateurs actuels. La robotisation des processus de décisions (aide au diagnostic par exemple) comme des procédures (actes de chirurgie) est en voie d’autonomisation accélérée.

Les médecins ont, par la nature même de leur(s) métier(s), par leur esprit d’innovation et par les responsabilités qu’ils assument, de précieuses capacités d’adaptation. Il leur faudra non seulement accompagner ces changements ; participer à leur contrôle humain sans aucun doute, mais surtout et aussi être des acteurs et des moteurs d’inventivité. L’avenir nous appartient !

1 Shojania KG et a ; How quickly do systematic reviews go out of date ? A survival analysis. Ann Med Int 2007.
2 Garner P et al ; When and how to update sytematic reviews : consensus and checklist. BMJ 2016.