Le billet de la revue 87

L’heure du (dépôt de ?) bilan ou en marche vers d’autres révolutions… (?)

Christophe Trésallet
(Promotion 1994)
Directeur de la rédaction Administrateur de l’AAIHP PU-PH Hôpital Universitaire de la Pitié-Salpêtrière

Une ère (politique) s’achève avant qu’elle ne soit remplacée par une autre, qui sera sans doute tout aussi riche en rebondissements. La nature ayant horreur du vide comme les activités humaines du silence, il est certain que nos professions vont être exposées à de nouvelles surprises... Ces cinq dernières années ont été marquées par de nombreuses contestations qui ont agité le monde des soignants et le corps médical en particulier. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la politique globale de santé est peu marquée par la couleur politique des gouvernants depuis déjà plusieurs mandatures. Les décisions prises antérieurement sont validées par les suivants et les tendances s’accentuent.

Les tendances les plus inquiétantes sont hélas bien connues : une désertification médicale accélérée qui touche même les grandes villes malgré une augmentation (trop tardive) du numerus clausus, un gaspillage croissant du temps médical (utile et productif) au profit de la multiplication de tâches administratives tatillonnes et inutiles, la nécessité de multiplier les actes (effet T2A) et le temps de travail pour maintenir à flot un taux d’activité ou de revenus (tiers payant, Contrat d’accès Aux Soins (CAS)) constamment affaiblis par la réduction du coût des actes, les menaces répétées de suppression du secteur libéral et l’accélération de la mise sous une tutelle totale à la fois administrative (ARS) et financière (Mutuelles).

Aucune des réformes de ces 10 dernières années n’a été instaurée dans le dialogue ou le consensus, mais dans un climat de tension et de rapports de force permanents. C’est donc dans un climat inédit d’épuisement et d’inquiétude des professionnels de santé et de la recherche, que s’achève cette période, marquée par une grève annoncée comme illimitée des internes, inquiets de la réforme du troisième cycle et de leur durée de formation professionnelle.

Nul ne s’attendait à ce que la modernisation de la santé annoncée pour les patients aboutirait finalement à une réduction de l’offre ou de l’accès aux soins, à la nécessité de souscrire à une surcomplémentaire pour compléter au mieux sa complémentaire, à une perte de motivations des soignants et des étudiants en médecine dont la tendance est de se détourner des métiers du soin…

Même s’il est indispensable de les maîtriser ou de les contrôler, les dépenses de santé sont appelées à croître inexorablement, quels que soient les virages amorcés (réduction de la durée des études, ambulatoire, fermeture de lits, déremboursement des actes…), en raison de la conjonction de paramètres inexorablement en marche : vieillissement (ou allongement de la durée de la vie !), dépendance, handicap, nouvelles molécules et nouvelles techniques. Les décideurs devront se résoudre à accompagner (y compris financièrement !), et au mieux à anticiper avec les médecins, les changements gigantesques de paradigmes sociaux et technologiques (automatisation, intelligence artificielle, nouvelles thérapies etc.) qui se profilent, au risque de rester sur place voire de régresser. Vive la Robolution !